C'est à à peine 120km de Venise, dans l'Italie du Nord, que l'on peut, si le coeur nous y emmène, aller visiter la maison de Juliette dans le coeur historique de la ville de Vérone. Si l'histoire d'amour de Roméo et Juliette est mondialement connue, peu néanmoins en connaissent l'origine exacte. Voici un mini-repportage de l'équipe de Roméo et Juliette.
Si c'est Shakespear qui a rendu l'histoire des amoureux aussi célèbre, celle-ci a été inspirée par le conte italien de Masuccio de Salerne paru en 1476, et qui a elle-même été reprise par Luigi da Porto sous une forme plus romancée telle qu'on la connait aujourd'hui. Néanmoins l'histoire réelle s'accorde à accréditer l'existence des 2 familles de Vérone, et notamment celle des Capulets dont la maison d'époque est l'endroit le plus fréquenté de cette destination touristique fort agréable.
A proximité des lacs du Nord, traversé par le majestueux fleuve de l'Adige et jouissant d'alentours verdoyants et de tous les charmes d'une ville fortifiée, Vérone laissera un souvenir doux et infini dans le coeur de ses visiteurs. Déjà, un peu partout dans la ville ou sur les esplanades, des messages parsèment et plantent l'atmosphère romantique de Vérone.
C'est avec une petite émotion non feinte que nous nous dirigeons vers la maison des Capuletti. Après quelques ruelles, et à à peine 200m du Coliseum et de la Plazza, la foule se reserre et la petite ruelle Quatro Spade est assailli de moultes touristes munis de leur traditionnels appareils photo. Déception par le nombre, euphorie par l'endroit, on entre par un hall sombre de plusieurs mètres et qui est entièrement recouverts de billets doux.
Puis c'est la cours de la maison, d'où l'on reconnait instantanément la célèbre statue de Juliette et le balcon que Roméo gravit pour rejoindre sa belle. Ambiance animée, les visiteurs forment un demi-cercle serré autour de la Statue pour prendre la traditionnelle photo, où la plupart, par légèreté déplacée pour les puristes, ne se privent pas de placer leur main gauche sur le sein droit, brillant par le fait, comme on peut le voir sur la photo.
Pour la plupart, la "visite" s'arrêtera là, mais pour les autres, on passe sans rechigner à la caisse pour obtenir fièrement sa Verona Card de 8€ et qui permet de visiter tous les monuments et églises de la ville durant 24h.
C'est avec un mélange d'excitation et d'émotion que débute la visite des 4 étages de cette grande maison. Un peu partout, des gardiennes vous interdiront d'utiliser le flash photo, à la manière d'un musée, et pour cause, on ne sait pas très bien où on se situe vraiment.
On essaie d'imaginer la vie de l'époque, Juliette dans ses appartements, mais la plupart des pièces sont épurées, presque sans âme, avec quelques scènes attendrissantes, telle cette pièce où de petites chaises laissent présumer de longues soirées auprès de la cheminée.
Quelques vitrines abritent des objets d'époque, ça et là, des escaliers joignent les différentes parties de la maison et une coursive des plus charmantes permet d'avoir une vue plongeante sur la cours, ajoutant par là-même au charme authentique de cette demeure.
En plein milieu d'une pièce, 4 ordinateurs à disposition des quelques visiteurs peuvent "écrire à Juliette". J'ai rencontré un certain Marco de Vérone. Il m'a dit que tout commença à l'époque de la pièce de Shakespeare, à partir de laquelle les "spectateurs" envoyèrent des lettres d'Amour adressées à Juliette à la mairie de Vérone. Une personne de la Mairie prit ainsi à son compte de répondre à toutes les lettres, au nom de Juliette évidemment. J'ai personnellement laissé un message sur un ordinateur, mais et je ne desespère pas de recevoir un jour une réponse..."
De manière plus intime, on entre ensuite dans la chambre de Juliette (est-ce sa chambre ?), où un lit d'époque et les costumes d'une des premières pièces de théâtre, témoignant encore de l'engouement suscité par la pièce, et reprises à travers les siècles, à la Gloire des amoureux de Vérone.
Pas vraiment de trace de Roméo, ni de Juliette d'ailleurs, mais on finit par se rendre sur le balcon de Juliette, et là, pendant quelques instants, on touche du bout des doigts ce qui a pu être une magnifique soirée d'été étoilée, le coeur palpitant, d'un amour naissant...
Le dernier étage donne une vue sur les toits, et sous les roucoulements des pigeons, on étend ses sens sur la ville... le monde s'éveille, et l'espace d'un instant, Vérone reprend sa place dans le temps, avec sa vie, avec toute la vie que contenait cette maison à l'époque.
L'air un peu hagard, le regard mélé de joie et de peine, on redescend les escaliers comme on quitterait un lieu familier et fragile, et si la romance est encore dans les coeurs, on se rappelle, pour peu qu'on veuille aller au bout, que l'histoire ne s'arrête pas tout à fait là.
Ah qu'il est étrange de constater le nombre de photos sur internet et représentant la cours, la statue et le balcon de Juliette. Peut-être est-ce cela que l'on veut garder dans nos coeurs, les plus beaux moments, les plus beaux endroits, ceux que l'on n'a pas envie d'oublier.
Pourtant, à l'écart de la ville, loin du centre historique, et soyons franc, trop proche des grands axes routiers pour pouvoir y déceler encore un brin de magie, la vraie Juliette Capulet git quelque part.
Une petite allée bordée de colonnes blanche amène à une sorte de cloitre, dont le silence contrastant ainsi que l'ambiance dominicale rendra facilement nostalgique et peu amène.
En traversant rapidement un petit musée, la Verona Card vous donnera accès à des petits escaliers sombres qui amènent au tombeau proprement dit.
Ici, plus de touriste, plus de visiteur, seulement quelques âmes trop sensibles qui viendront peut-être ternir les doux souvenirs du balcon de Juliette rencontré un quart d'heure plus tôt.
Un endroit froid, sombre, aux lumières glauques, et que ne peuvent réhausser les milliers de petits mots et de grafittis laissés ici de par le temps.
Dans la pièce d'à côté, des stelles abritent l'âme des membres Capulet. L'histoire de se dire, peut-être, que l'Amour a vraiment existé, et qu'avant de n'en laisser qu'une trace, se demander si nous aussi, un jour, nous rencontrerons notre Roméo ou notre Juliette, peut-être pas à Vérone, ni à Venise, mais n'importe où, à n'importe quelle heure, avant qu'il ne soit trop tard.
On ressort de là un peu patraque. Décidément, quelle belle histoire d'Amour ! A-t-on fait une erreur de "visiter" tout cela, d'examiner les recoins de l'intimité d'une chambre, d'aller poser un millième graffiti dans le tombeau, ou encore d'avoir participé à la cohue touristique autour de la statue de Juliette ? En tout cas, chacun repartira, sans doute possible, avec sa propre histoire. Un tour sur les remparts, une glace sur la Plazza, l'ambiance à la fois calme et grouillante de Vérone, et ça repart...